Le temple de Gopalji Mandir de Saint-Etienne-du-Rouvray est unique en France. Il est le seul temple hindouiste reconnu par l’Etat Français. Yashoda Dulal Das (Yann Mulle au civil), moine à l’initiative de ce lieu à part, se confie sur son parcours de la banlieue parisienne à celle de Rouen, en passant par l’Afrique et l’Inde.

Fils d’ingénieur, né en région parisienne, Yann Mulle suit au collège et au lycée un enseignement catholique. Après son bac scientifique, il passe par la Sorbonne où il fait des études d’archéologie et d’histoire de l’art. Guitariste adepte de funk, de jazz et de rock, il a jusque là un parcours assez classique pour un jeune de son milieu.

Yashoda Dulal Das, à gauche

A l’âge de 19 ans, lassé des bancs de l’école, il commence à voyager en Afrique pendant ses vacances. Seul, puis accompagné d’amis, il visite le Sénégal ou le Maroc avec ”juste un sac à dos, comme ça, à l’aventure”. La vie au jour le jour, les rencontres qu’il fait au quotidien le conduisent à remettre en question tous ses préjugés occidentaux.

”J’ai découvert un nouveau monde, où j’ai appris que tout ce qu’on m’avait montré quand j’étais jeune était une façon de voir la vie qui n’était pas nécessairement la seule. Cette vision de la vie qu’ont les gens en Afrique m’a beaucoup plus plu.” confie-t-il.

Yann décide alors d’arrêter ses études pour en savoir davantage sur la spiritualité qu’il a découverte auprès de communautés rastas. Il passe ses journées à la bibliothèque à étudier avec passion toutes les religions, du judaïsme à l’islam, en passant par le christianisme et le taoïsme ou même la kabbale.

”Ensuite, j’ai entrepris de faire le tour du monde. Je me suis mis Porte d’Orléans avec mon sac à dos et j’ai commencé à faire du stop.” De là, il arrive au sud de l’Espagne, traverse le Maroc, le Sahara, vit au sein de communautés musulmanes du Sénégal. ”Chaque jour j’apprenais énormément, plus qu’à l’université. J’adorais ça !” explique-t-il avec enthousiasme.

C’est auprès d’un ami Camerounais rencontré en Côte d’Ivoire, que Yann découvre l’hindouisme et la spiritualité indienne.

Dès lors, direction l’Inde pour Yann, bien décidé à en savoir plus sur les Vedas ( textes sacrés de l’hindouisme ) et les traditions de ce culte. Il vit dans des monastères et se découvre de plus en plus d’affinités avec cette spiritualité basée sur la non-violence, l’ouverture et l’amour de chaque être vivant.

De retour en France, il souhaite partager cette connaissance, acquise au gré de ses voyages, dans son pays natal. Sans sectarisme ni propagande, il entreprend de faire connaître l’hindouisme au plus grand nombre. Il commence en ouvrant une boutique spécialisée à Rouen, à côté de l’Eglise St-Maclou. ”Ca ne marchait pas très fort, on n’était pas vraiment doué pour le commerce.” s’amuse-t-il.

Il bataille jusqu’en 2007 pour que son culte soit reconnu par l’Etat. Cette reconnaissance, il n’y tient pas spécialement, mais il concède qu’elle donne ”une image véritable et authentique de l’hindouisme”.

Avec un ami, il achète une maison rue du Madrillet à Saint-Etienne du Rouvray. Puis, avec l’aide de bénévoles, une ”véritable famille”, il rénove entièrement le bâtiment, l’agrandit, l’aménage pour en faire un véritable temple hindouiste à l’image de ceux qu’il a pu visiter en Inde. Les autels en bois sculpté et les statues ont été confectionnés là-bas et les peintures qui ornent le plafond sont l’œuvre d’une jeune artiste de la région.

Au temple, ses journées sont bien remplies. La matinée est en général dédiée à la vie spirituelle. Offices, chants en langues traditionnelles, méditation, prières ou encore lectures et études de textes. Repas commun entre les moines avant une après-midi plus libre où chacun se consacre à diverses activités plus triviales. Ménage, cuisine, musique (les moines proposent régulièrement des concerts de musique traditionnelle) mais aussi l’accueil des visiteurs.

Curieux en quête de spiritualité, simple promeneurs dominicaux, étudiants indiens ou mauriciens ravis de découvrir un lieu de culte semblable à ceux de leurs pays d’origine, tous sont accueillis avec le sourire et dans un esprit d’ouverture où chacun est libre d’adhérer ou non à la philosophie hindouiste.

Si son père a eu ”un peu de mal à comprendre” son choix de vie, les réactions des visiteurs et des habitants du quartiers sont plutôt positives.

Au final, Yann Mulle ou plutôt Yashoda Dulal Das (son nom sanskrit) n’a jamais ”été aussi heureux” que depuis qu’il a découvert la connaissance des Vedas et entend bien continuer à partager et faire découvrir cette culture.

Les photos sont de Guillaume Painchault

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